Face-à-faces
Un jour, j’ai dit à un puissant :
“La gloire est bien menue quand on ne prend
Ni le temps de voir ni le temps de rire.
Elle expire quand du rien l’on s’inspire.”
Il m’a répondu : “mon être entier te défie
De ne jamais oublier le sel de la vie,
De ne jamais cracher sur injustices et peine,
Quand, de toutes tes heures la rage fut reine.”
Un jour, j’ai dit à la nature :
“Ta seule beauté est ton armure.
Nous finirons par craindre tes lendemains,
Nous apprendrons à lire notre destin.”
Elle m’a répondu : “vous, êtres perdus
Ignorez la valeur du temps échu.
Vous vivez en hâte et jamais ne saisissez.
L’heure venue, je n’aurai de pitié.”
Un jour, j’ai dit à mon tourment :
“Cesse donc d’empiéter sur mon couchant.
Va noircir un autre tableau,
Libère mon ardoise, que j’y vois à nouveau.”
Il m’a répondu : “je suis bienséant,
Je viens là où l’on m’invite. Ce faisant,
Décide toi-même de ton chemin. Et bien ?
Auras-tu le pas léger ou sibyllin ?”
Un jour, j’ai dit à un tueur :
“D’où vient cette démence enfantant ta fureur ?
À l’orée de ton âme n’ourdit donc pas ta conscience
Que le temps pour toi n’aura pas de clémence ?”
Il m’a répondu : “à quel avenir me vouer,
Quand, sur le lac des heures, je ne suis que ricochet.
Les jours vous engloutissent, moi je les survole,
Car toutes vos bonnes règles, moi, je les viole.”
Un jour, j’ai dit à un vieillard : “
Qu’espères-tu à veiller si tard ?
La vie ne t’offrira plus sa vigueur
Ni l’amour ses élans du coeur.”
Il m’a répondu : “est-ce par mes sillons
Que tes yeux m’envoient ce chardon ?
Sur ma peau le temps a jeté l’ancre.
Mais dans mon coeur, la vie coule encore son encre.”
Un jour, je dirai à mon enfant :
“De toute part, écoute et apprend.
Le temps n’a d’aloi que dans nos actes.
Que les tiens aient toujours le plus bel impact.”
Il me répondra : “je m’empare du soleil levant.
Ma vie n’a pas encore tissé sa toile, cependant,
Il est dores et déjà une vérité :
L’homme que je suis ne sera jamais parfait.”
Dido
début 2010
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